Aurore : la renaissance d’une barquette marseillaise centenaire

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Résumé de l'article

La barquette marseillaise Aurore (1929, chantier Ruopollo, 5 m) est un trésor du patrimoine maritime méditerranéen. Face à son très mauvais état et aux propositions de stratification, nous avons opté pour une reconstruction complète afin de conserver ses lignes remarquables et de garantir sa durabilité. Notre approche a privilégié les techniques d'époque, avec des améliorations pour la pérennité (bois exotique et boulonnerie en inox). L'objectif était de refaire un bateau réparable, et non destructible. Le travail, étalé sur plus d'un an, a consisté à reconstruire le squelette du bateau, ne conservant que la quille et le banc de nage (pour le symbole), après avoir bridé la coque pour maintenir sa forme initiale. La pièce la plus complexe à gérer était les tamis. Le résultat final est très satisfaisant. La remise à l'eau, festive sur le port de Cassis, fut un moment de fierté pour toute l'équipe. Ce type de restauration est un choix judicieux, surtout comparé aux difficultés et aux coûts engendrés par la réparation des pièces très enclavées des barquettes. Aurore, qui aura bientôt 100 ans, est ainsi préservée.

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Aurore : la renaissance d’une barquette marseillaise centenaire

La barquette Aurore n’est pas un bateau comme les autres. Construite en 1929 au chantier Ruopollo, l’un des plus réputés de Marseille, elle porte en elle près d’un siècle d’histoire maritime méditerranéenne. Lorsque son dernier propriétaire décède en 2015, la barquette se retrouve à l’abandon puis confiée à un nouvel acquéreur. L’embarcation, dans un état de dégradation avancé, doit être expertisée, sortie de l’eau, puis confiée à un chantier capable d’en assurer la pérennité. C’est à ce moment-là que notre chantier Vent d’Ouest intervient, avec une philosophie claire : préserver l’authenticité et la ligne d’origine, tout en garantissant un avenir durable à cette unité emblématique.

À l’époque, plusieurs solutions techniques sont proposées au propriétaire. Nous faisons alors un choix fort : respecter la construction traditionnelle et reconstruire Aurore dans l’esprit exact de sa conception, en conservant ce qui peut l’être – notamment la quille – et en remplaçant le reste selon les règles de l’art. Cette décision, ambitieuse, permettra non seulement de sauver un morceau de patrimoine, mais aussi de transmettre notre savoir-faire à notre apprenti, à des stagiaires, et aux membres des associations locales, grâce à un chantier ouvert et pédagogique.

Le retour à la mer et l’évolution du bateau

En 2018, Aurore retrouve la mer dans un état exceptionnel : une coque reconstruite à neuf, un moteur Renault rénové et remis en place par le propriétaire, et une structure prête à accueillir de futurs aménagements. Depuis, chaque année, le bateau revient au chantier pour des évolutions successives : installation d’un mât et d’une bôme, création d’un nouveau plancher de cockpit, réalisation d’un capot moteur… Une démarche progressive, réfléchie, qui illustre parfaitement la manière dont un bateau en bois peut vivre et s’améliorer au rythme de son propriétaire.

La mise à l’eau fut un moment mémorable. Toute l’équipe ayant participé au projet – charpentiers, apprentis, stagiaires – s’est réunie pour assister au retour de Aurore dans le port de Cassis. Même l’anecdote d’une ligne de flottaison un peu optimiste à l’étrave n’aura fait qu’ajouter une touche d’humanité à ce moment chargé d’émotion.

Ce que le projet Aurore révèle de notre métier

La reconstruction d’Aurore nous a rappelé une vérité essentielle : un bateau en bois est fait pour être démonté, entretenu, reconstruit si nécessaire, mais jamais figé sous des techniques qui empêchent l’avenir. Restaurer une barquette marseillaise, c’est accepter que certaines pièces ne peuvent être réparées sans démontage complet. C’est aussi comprendre que, parfois, refaire une section entière est plus judicieux et plus durable que multiplier les petites interventions.

Ce projet illustre parfaitement l’identité du chantier Vent d’Ouest :

Nous espérons un jour réaliser une reconstruction quasi totale sur une unité plus grande – peut-être 10 mètres – avec la même liberté, le même enthousiasme et la même rigueur. En attendant, chaque barquette, chaque pointu, chaque petite unité confiée au chantier est abordée avec la même passion : celle de préserver des bateaux qui méritent de naviguer encore un siècle.

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